
« La ligne droite est celle qui, menée d'un point à un autre, ne se détourne
ni à droite ni à gauche, et qui est la plus courte qu'on puisse mener entre ces deux points. » (
Thomas Simpson, 1756)...
Ah...poésie de la géométrie des lignes, des courbes...imaginons partir le matin à notre travail, en droite ligne, continuons d'imaginer faire de ces déplacements au quotidien un mécanisme
bien huilé...je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine "robotique" se mettant en place...
poursuivons notre raisonnement, appliquons ce principe à nos domaines mentaux...être sans arrêt dans "l'action" la plus directe possible...
Une image se précise "le charlie Chaplin dans les temps modernes"...faisant toujours les mêms gestes, économisant le superflu....
Imaginons un monde où les routes, les autoroutes, les voies ferrées seraient d'interminables lignes droites, des scalpels tranchants dans la chair des paysages des sillons rectilignes....
Imaginons un monde où les chemins n'existeraient plus, où la flânerie serait réprouvée, où perdre son temps (comment peut on d'ailleurs perdre un temps que l'on ne mesure plus ?) ne ferait plus
partie ni de l'imaginaire, ni du vocabulaire...
Imaginons des actions décidées, répertoriées, analysées par des ordinateurs performants pour respecter "cette droite ligne"...imaginons et frémissons, car ce qui se dessine, cette science
fiction est un monde de "machines", de robots...
et nous le touchons du doigt aujourd'hui....
« Une courbe est, dit-on, une ligne dont les différents points sont dans différentes directions, ou sont différemment situés les uns par rapport aux autres. [...] Courbe, ajoute-t-on, pris en
ce sens, est opposé à ligne droite dont les points sont tous situés de la même manière les uns par rapport aux autres.
maintenant imaginons cette ligne courbe serpentant au gré des différents points la reliant, partant à droite, à gauche, revenant sur elle même, pour s'emmêler les fils, se croisant, se
décroisant....
Imaginons nos trajets du quotidien, nos carrefours traversés, nos stops, nos feux, qui nous laissent le temps de regarder, qui nous laissent si nous y prenons garde le loisir des
bavardages, des rencontres fortuites, du sourire échangé, du geste de remerciement....
Imaginons nos agissements personnels, nos réflexions nourries à l'aulne de l'instant présent, nos choix mûries dans le secret athénor de notre coeur ou de notre âme, nos rendez vous manqués,
nos reculades et avancées, nos morceaux de bravoure orchestrés ou avortés...imaginons nos actions enrichies de tout ce terreau acide ou amer ou astringent mais qui est unique..qui est nous...
Imaginons nos sentes, nos voies, nos chemins, pédestres ou automobiles, longeant des falaises abruptes, traversant les villages, les rivières, ou s'enfonçant dans les forêts, presque invisibles,
aux yeux des non avertis...
Imaginons les chemins tortueux, inédits, improbables qui nous emmènent au coeur des ronciers et qui parrfois par un miracle particulier s'ouvrent sur une sente câchée...comme la forêt de la "Belle
au Bois dormant" s'ouvrira après 100 ans devant le Prince....imaginons nos marches sereines ou sportives qui emmènent notre corps au bout de ses forces, imaginons les chemins de Compostelle "la
voie des étoiles", qui fait marcher autant dans sa tête que dans son corps, décapant le superflu pour en arriver à l'essentiel...
Imaginons l'humain, les rencontres le long de tous ses chemins de vie, l'irrigation naturelle de l'eau, que ce soit rivière terrestre et rivière de l'âme...imaginons et soyons attentifs à protéger
"nos chemins" en les parcourant régulièrement, en utilisant les voies cachées ou les voies romaines, en prenant, chacun à sa manière son bâton de pélerin....
Soyons fous, imprévisibles, ardents, lents, vifs, .....soyons comme les chemins qui serpentent, effleurant les sommets et descendant aux creux des vallées...soyons...le chemin....